​​Un Cri d’Appel, 2021

Film documentaire

1h27min

Documentaire sur les techniques d’appel au troupeau et la communication au sens large avec ce dernier.

Avec le soutien du FRAC MÉCA de Nouvelle-Aquitaine, du Ministère de la Culture et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Nouvelle-Aquitaine.

Un jour que je travaillais dans un élevage aux portes de la Corrèze, j’ai dû changer les vaches de pâture. J’ai tout fais, tout dis pour les faire venir, mais rien ne marchait, et ce pendant un long moment. Les vaches ne me connaissaient pas encore.

Alors je me suis dit qu’appeler les bêtes était peut-être sujet à des méthodes. Devons-nous prononcer d’une manière particulière certains mots, ou certains sons ? Y a t’il certaines personnes qui chantent ou qui jouent de la musique ?
J’étais excité à l’idée de savoir et m’imaginais tellement de scènes où moi, le berger fictionnel, faisais taire la montagne et se lever les bêtes au soleil, d’une vallée à une autre, avec une langue que ma tête ne conçois pas.


Alors j’ai commencé à faire des recherches à ce sujet ; à savoir comment appeler les bêtes, à des heures et en des lieux où seuls les éleveurs et les éleveuses s’entendent.
Je me suis mis à rêver, et suis parti en Savoie commencer à comprendre, à me rapprocher de cette Suisse où les armaillis chantent
la lyoba pour inviter les vaches à la traite.
Car j’avais et ai toujours en tête l’idée que la montagne inviterait au chant.

En alpage laitier où j’étais, tarines et abondances se mêlaient dans le troupeau de mon patron. La traite deux fois par jour et des clôtures à faire le reste du temps. Parfois avec des bâtons de ski.

Je cherchais principalement à rencontrer des éleveurs et des éleveuses en France, pour voir ce qu’il s’y passe et voir si une possible tradition existe. Je cherchais avidement à apprendre des choses, à récupérer des informations pour ma vie, pour l’expérience. Car à force, au fur et à mesure, je m’en sortais déjà mieux, plutôt que de bailler de concert avec ces vaches qui me regardaient sans ciller.

Ce documentaire me contredit mais n’a jamais cessé pour autant de me faire réfléchir et rêver. Je me suis remis dans la peau du chercheur bien qu’avec toujours les bottes aux pieds parfois, travaillant ou pas, l’anorak et le mouchoir au nez, pour la goutte et l’allergie.

Ce documentaire existe donc grâce aux témoignages d’éleveurs et d’éleveuses qui ont accepté de me raconter leurs précieuses histoires.

*

Je me souviens d’une fois où, en Savoie, nous avions effectué la traite sous de sourds éclats d’orages. Dans cette salle de traite ouverte, regardant les vaches se mettre debout et venir, quand il ne fallait pas les pousser, laissant sur l’argile recouvrant le sol la trace de leur corps.
L’une d’elle s’appelait Gironde.

Un jour je lus, dans un ouvrage d’Anne-Marie Brisebarre, Bergers des Cévennes, publié en 1978 :
« Le matin le berger passait dans le village et appelait les moutons. À l’époque où il y avait trois bergers communs à Ardaillès, chacun avait un signal d’appel différent : l’un avait une conque marine, l’autre une corne de vache, le troisième utilisait un sifflet. Ainsi, le propriétaire et les bêtes reconnaissaient le berger, et on ouvrait alors la porte des bergeries. »

Où cela a t’il disparu ?

Pourquoi ce type de pratique s’est-il volatilisé ?


J’ai pu observé jusqu'à présent que partout où je suis passé, la majorité des appels est en patois.
Ces patois qui survivraient donc, même chez ceux qui ne le parlent pas, grâce aux appels aux troupeaux qui en deviendraient des garants.

En repensant à cette ferme familiale de bord d’autoroute en Savoie et ce village où paissaient les bêtes, il y a quelque chose de triste, car trop nombreux sont les obstacles à la pérennité de certaines pratiques. J’avais peur de ne rien entendre.
Alors j’imaginais une fin de film tragique qui le dit.

Cependant, j’avais une intuition, et je l’ai toujours. Elle ne peut pas être seulement dans ma tête.
J’ai donc voulu montrer et faire entendre ce qu’on a pu me raconter chez ces éleveurs et ces éleveuses dont le métier incite au respect et à l’admiration. Ce fut enrichissant, et suis ravi de les avoir rencontré. Ils sont peu par rapport à tout ceux et toutes celles qui vivent et travaillent rien qu’en France.

Je cherche encore aujourd’hui à comprendre où ces pratiques désormais existantes à travers les lignes des livres sont passées. On en trouve des exemples ailleurs qu’en France parce que l’ailleurs c’est exotique, ainsi ce documentaire se doit d’être un appel. Un appel à recensement. Un appel à l’écoute et à la magie. Car la voix peut faire chant, le sceau de grain musique, le moteur de la voiture bourdonnement de chorale.

En ce sens, cette histoire n’est pas terminée.