© 2023 par Anne Lou. Créé avec Wix.com

Veilleuses, mémoire de fin d’études, année universitaire 2017/2018

INTRODUCTION

 

Ce mémoire a pour but premier de mettre en valeur l’apport que représente la littérature au cœur d’une pratique plastique orientée en design, à travers la notion de narration.

 

Cette dernière a été une façon, pour des groupes comme Archizoom Associati en Italie ou bien même Archigram en Angleterre, au cours d’un contexte de Guerre Froide, de rendre compte des problèmes que sous-tendait la société dans laquelle nous vivions. En effet, en Italie, les groupes de travail en design empruntaient un langage graphique et formel à une société de consommation en pleine expansion, s’appropriant les codes et les poussant à l’extrême afin de faire surgir une critique, comme à travers la « No-Stop-City » en 1972. Archigram proposaient, quant à eux, une ville machinique, vivante, capable de se déplacer, tel un monstre destructeur, nocif pour la population. La technique au service de l’homme s’était alors retournée contre ce dernier. La Walking City (1964) souhaitait ainsi proposer l’image de cette société industrielle peu sûre et effrayante. 

Ces projets empruntaient au genre littéraire de la science-fiction, au film d’anticipation, en proposant par la critique, composante d’une vision utopique, une reconsidération des modes de vie afin de les faire évoluer, à travers des scénarios d’usages nouveaux, possibles dans un contexte sociétal repensé.

Pour ma part, la notion de narration résonnait davantage comme la possibilité de proposer non pas de réels et nouveaux scénarios d’usages, mais plutôt de rendre compte de ce que la pratique du design pourrait apporter à un processus de pensée individuel. 

Prenant pour point de départ la littérature fantastique, permettant une ouverture particulière à l’esprit du lecteur en stimulant son imagination, ce mémoire a désormais l’objectif de proposer par le biais de l’écriture fictionnelle et personnelle un aperçu de ce qui peut nourrir l’élaboration d’un projet en design. L’exercice de l’écriture devenant alors partie intégrante du projet afin d’en poser ses fondements.

 

Ce travail, partant de la problématique « écrire pour formuler », rend compte de la mise en place d’un protocole de travail, considérant l’écriture de récits comme étape à part entière de conception d’un objet et d’élaboration d’un projet. Ceux-ci permettraient de poser, de définir le ou les contextes et scénarios d’usages grâce à un ensemble d’histoires dont le projet ferait l’objet.

Ces récits proposeraient également à l’utilisateur un regard plus sensible sur ce dernier, afin de permettre l’appréhension et la compréhension de cet objet de façon différente en considérant les textes qui le concernent comme une base à la réflexion sur son usage et les besoins auxquels il répond.

Ce mémoire peut alors être considéré comme un véritable dossier de projet, préliminaire à sa mise en forme par le dessin et sa fabrication. Ce dernier est ainsi composé de récits fictionnels mais aussi de textes plus personnels, accompagnés d’une iconographie rendant compte des éléments picturaux qui ont nourri la recherche. Ces images mettent ainsi en valeur l’environnement au sein duquel s’est construit le projet, signifiant également l’atmosphère à travers lequel il a évolué.

Les courts textes qui y sont intégrés sont basés sur des souvenirs, des témoignages, des rêves qui, sous forme de récits, permettent d’exprimer les préoccupations rencontrées au cours de la conception du projet.

 

Considérant la littérature comme une ouverture sur le monde et sur soi-même, ce mémoire est également accompagné d’un écrit plus théorique, le tout faisant part des motivations qui animent l’élaboration d’un projet en design, sous une forme qui permettrait de manière plus directe, à travers l’imaginaire, la stimulation d’un exercice de pensée. Ce dernier, selon Jean-Jacques Wunenburger, peut être considéré comme la « première structure psychique et cognitive par laquelle et à travers laquelle nous percevons, nous nous souvenons, nous anticipons l’avenir, nous nous relions aux autres et tentons de nous éclairer sur l’origine et la fin de toutes choses ».

 

__________

Jean-Jacques Wunenburger, L'Imaginaire, PUF, 2016